L'ENFANT MATRICULE 3044 - POURQUOI CE LIVRE ?
Rémy Rodep
L'INTERVIEW DE CHRISTIAN FOURNIER
Christian Fournier : Pourquoi cette autobiographie ?
Christian Fournier : Pourquoi cette autobiographie ?
Rémy Rodep Au départ, ce livre n'était pas destiné à être publié, je voulais seulement mettre en ordre cette multitude de pages, de documents, d'informations contenus dans nos différents dossiers obtenus auprès du service de l'aide à l'enfance, pour la famille, rien de plus.
Christian Fournier : Qu'est-ce qui vous a fait finalement changer d'avis ?
Rémy Rodep : Deux évènements totalement inattendus, le premier c'est un incident qui est produit avec une fille rencontrée sur mon lieu de travail et, que je croyais être une amie.
Je me suis dit, avec elle je ne vais pas tricher, ni mentir, ni m'inventer un passé que je n'aie pas. Alors, un soir, alors que nous étions dans un restaurant, je lui ai montré un courrier que j'adressais à cette prétendue mère et à ce "de" père inconnu. Dans ce courrier, je leur faisais savoir que je n'avais plus besoin d'eux pour connaître mon histoire et, que maintenant je n'ignorais plus rien de leur comportement infect. Mon malheur, c'est que dans ce courrier, je leur décrivais également les années de souffrances, les humiliations que j'avais subies pendant toutes ces années à cause d'eux, mais avec la complicité précieuse de mon stylo à bille cristal tracé moyen de 0,6 millimètre de couleur bleue, je parlais aussi de ce très lourd aveu fait à ma psy. Pour une fois que je ne voulais pas tricher, que je voulais être moi-même, j'allais très sérieusement le regretter. Elle va se servir de ces confidences pour exercer un chantage odieux, je me suis rendu compte à ce moment-là comment j'étais vulnérable. J'ai alors décidé d'arrêter de m'inventer une vie que je n'avais pas, de tricher, de mentir.
Christian Fournier : Et le deuxième évènement déterminant ?
Rémy Rodep : A cette même période, j'allais enfin comprendre l'origine de mes crises d'angoisse et de panique apparues en 1989. Crises qui devenaient de plus en plus fréquentes, mais surtout de plus en plus invalidantes. Je ne pouvais plus me déplacer, ni prendre le métro, ni le bus, une file d'attente dans un supermarché et la crise était là, dès que je m'éloignais de mon domicile, la crise m'attendait au kilomètre.
Ces deux éléments réunis ont été déterminants, je me suis alors dit que finalement cette histoire pourrait faire l'objet d'un livre et, que ce livre pourrait être utile pour aider ceux et celles qui comme moi ont vécu les mêmes choses, les mêmes sévices, les mêmes drames et les mêmes larmes.
Christian Fournier : Est-ce que cette autobiographie a été difficile à écrire ?
Rémy Rodep : De l'écrire pas vraiment. Je dirai qu'une fois que j'ai réussi à trouver le style et le rythme que je voulais lui donner, l'écriture s'est faite pratiquement toute seule, j'ai de la chance d'écrire vite. Par contre, me replonger dans certains évènements particulièrement pénibles et que je croyais à tout jamais enfoui m'ont été très pénibles à écrire et à décrire, certains démons que je croyais à tout jamais disparus sont revenus me hanter. J'ai compensé comme j'ai pu, pendant que le livre grossissait en page, moi c'était en kilos.
Christian Fournier : Les recherches ont-elles été faciles, elles vous ont pris combien de temps ?
Rémy Rodep : Plus de vingt-cinq ans de patience avant que l'aide à l'enfance se décide à nous ouvrir ses archives. Plusieurs mois pour faire une synthèse de cette multitude de documents, d'enquêtes, des unes et des autres, il m'a fallu les rassembler, les analyser, déchiffrer des codes, m'en imprégner. Comme je ne pouvais rien obtenir de ceux qui se sont autoproclamés avec plus de vingt-deux ans de retard "parents", sans bien connaître la définition de ce mot, j'ai interrogé le seul parent rencontré en 1993 et avec qui j'ai de bons contacts. C'est grâce à lui que j'ai connu une partie du passé de ma grand-mère maternelle, mais j'ai aussi découvert deux tantes et, de fil en aiguille, j'ai reconstitué ce bien difficile puzzle de notre famille. Les recherches ont été longues, mais passionnantes
Christian Fournier : Appréhendez-vous la sortie de ce livre ?
Rémy Rodep : Aujourd'hui je suis pressé de le voir enfin sortir et, qu'importe les conséquences et les regards que je devrais affronter, avec ce que j'ai supporté tout au long de ces années, rien ni personne ne pourra plus m'atteindre.
Christian Fournier : Je ne sais pas, ce n'est peut-être qu'une impression, mais tout au long de ce récit, j'ai pensé que ce livre s'adressait à une personne bien précise et que vous avez écrit L'enfant matricule pour une personne bien précise, elle a été votre moteur, votre énergie, je me trompe ?
Rémy Rodep : Bien lu, vous êtes la deuxième personne à l'avoir remarqué. En effet, ce livre s'adresse bien à quelqu'un en particulier, pour savoir de qui il s'agit, il vous faut résoudre une petite énigme que j'ai volontairement glissée quelque part au milieu de ces 360 et quelques pages. Si vous y arrivez vous aurez son nom et son prénom, mais attention, je ne l'ai pas glissée là où cela peut paraître les plus évident !
Propos recueillis par Christian Fournier -

