REMY RODEP PAR ANITA VAN BELLE

Rémy Rodep un regard bleu sur fond noir

" Depuis que j'ai su que sa mère à elle l'avait abandonnée aussi, j'ai peur d'être "elle", j'ai peur de tout ce que je fais."

Pupille de l'Assistance Publique, Rémy Rodep a mis plus de trente ans à rentrer en possession de son histoire. Depuis, elle le ronge. Pour ses proches, il en a fait une chronique qui est devenue un roman. L'écriture, initiée en guise de thérapie, s'est révélée une compagne.

RESIDENCE CAMILLE GROULT INTERIEUR NUIT

Rémy Rodrigues de Pinho, vit à Vitry depuis 1999. En 2006, il a aménagé résidence Camille Groult. Le jour, il travaille à la CPAM. Le soir et, les fins de semaine, il s'empare d'un "stylo à bille cristal tracé moyen 0,6 millimètre de couleur bleue" et il écrit. En soi, rédiger n'est pas une nouveauté pour lui.

Rémy Rodep (son nom de plume) a connu plusieurs vies. Il a été "fils de pub"

dans une agence prestigieuse de l'avenue de Champs Elysées à Paris où travaillait Bertrand Delanoë.

Animateur, puis directeur de radios libres, il a écrit des milliers de billets ou de chroniques.

Sa première tentative de fiction, un scénario "Tel Père Tel Fils" a été lu par Louis de Funès, qui l'a encouragé à poursuivre.

C'est l'ouverture des archives de l'Assistance Publique, en 2002, qui va le faire basculer vers une écriture plus autobiographique, qui deviendra son premier roman, "L'enfant matricule 3044".

L'ENFANT MATRICULE 3044

"J'ai voulu écrire une histoire pour la famille, pour les petits-enfants et, en faisant une synthèse, j'ai décidé d'en faire un livre."

Edité par les Editions Publibook Petit Futé, le récit de " L'enfant matricule 3044" retrace l'itinéraire de Rémy, enfant de l'Assistance Publique, "retrouvé" à vingt-deux ans par sa mère, qui lui "révèle" son histoire. Le choc est rude : l'histoire en question n'est qu'un tissu de mensonges. En 1977, fatigué ces "broderies" cruelles, Rémy Rodep entame une démarche officielle pour obtenir son dossier de la part de l'Assistance Publicque.

Il attendra "Jospin en 2002, qui a décidé d'ouvrir ces archives". Lorsqu'il rentre en sa possession, le dossier s'avère "épais comme un bottin téléphonique de la ville de Paris". Toute la vérité devait y être consignée, mais Rémy Rodep s'aperçoit que des zones d'ombre subsistent.

CE QUI ME DETRUIT

Lors de son enquête pour compléter une histoire qui le dévore, il comprend que sa grand-mère maternelle a également abandonné deux de ses filles "dans la nuit".

Depuis, il est heurté par la sa ressemblance avec "la mère". Ce qui me détruit, c'est son image à elle puisque je suis son portrait tout craché. "Depuis que j'ai su que sa mère à elle avait abandonné ses deux filles aînées, j'ai peur d'être comme "elle", j'ai peur de tout ce que je fais.

Il entame alors une chronique thérapeutique , pour se libérer. Dan le tumulte des "révélations" de sa mère en 1977, il s'est découvert trois soeurs et un frère qu'il adore.

" Longtemps, ce qui m'a démangé, c'est d'en finir, mais je ne suis pas assez courageux pour ça." Alors, faute d'un "tremblement de terre dans le cerveau" qui provoquerait dans le meilleur des cas, une amnésie, il fignole le style du récit familial, attentif à ne pas peser, à y injecter un humour désespéré. 

MICHELE MORGAN

Ecrit en 2005, "L'enfant matricule 3044" paraît en 2006. Les lecteurs l'apprécient. " Même les personnes qui n'aiment pas lire ont aimé mon romain. "

Le stylo à bille cristal de couleur bleue, de la couleur des yeux de Rémy Rodep, d'un azur que Michèle Morgan a un jour admiré, retrouve la feuille blanche. S'inspirant de l'histoire d'un ami très proche, Rémy Rodep fait paraître "Deuil et préjugés". Sous forme scénaristique et dialogué, le livre "met en scène  la bataille morale et judiciaire d'un homme afin de faire reconnaître ses droits, suite au décès de son amant." Une fois encore, les lecteurs adhèrent. Un troisième ouvrage est en préparation. Peut-être parlera-t-il de l'amour fou de Rémy pour le cinéma classique français, pour Arletty, "qui même aveugle, était d'un optimisme débordant", pour Barbara, "qui avait mis sa carrière entre parenthèses pour aller voir les malades du SIDA en prison, ou de ses combats quand aux côtés de Pierre Bergé, "Il a fallu menacer les socialistes pour qu'ils aillent voter pour les PACS". Où peut-être simplement, parlera-t-il d'une paix du coeur lointaine, mais intensément désirée.

Anita Van Belle  est romancière

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